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vendredi, 25 mars 2011

Un deuxième tour entre Manigat et Martelly

Les candidats Mirlande Manigat et Michel Martelly

Photo: AFP/Thony Belizaire

Après un premier tour entaché d'irrégularités, marqué par des scènes de violence et au déroulement contesté, le second tour de la présidentielle haïtienne s'est déroulé dans un calme relatif le 20 mars dernier. Malgré plusieurs accrocs logistiques, les Haïtiens auraient voté en masse, selon les premières observations.

Au lendemain du scrutin, les télévisions et radios locales ont commencé à prédire la victoire de Michel Martelly, un chanteur populaire, qui s'oppose à l'ancienne première dame Mirlande Manigat.

Toutefois, les résultats préliminaires ne seront connus que le 31 mars et les résultats définitifs, le 16 avril.

Pour la première fois dans l'histoire du pays, les Haïtiens devaient choisir leur président lors d'un deuxième tour. D'abord prévu le 16 janvier, celui-ci a été reporté en raison des délais dans la révision des résultats de la première phase électorale.

Après quelques rebondissements, le candidat du pouvoir Jude Célestin a finalement été écarté du second tour pour laisser la place à Mirlande Manigat et Michel Martelly (arrivé troisième), deux candidats au parcours et à la personnalité aux antipodes.

La première, une grand-mère de 70 ans, est une ancienne sénatrice qui paraît posée et connaît bien ses dossiers. Son impétueux rival est de 20 ans son cadet. Il est sans expérience politique et se présente comme l'homme du changement. Pour Michel Martelly, Mirlande Manigat représente « un système vieux de 30 ans », une classe politique qui n'a pas aidé la population haïtienne.

Mirlande Manigat estime pour sa part que son adversaire « incarne une forme de populisme irresponsable et irréfléchi ».

Un scrutin sous haute surveillance

Le jour du vote, les quelques 11 000 bureaux de scrutin ont été sous la surveillance de 23 000 policiers et de Casques bleus de la MINUSTAH, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti.

Environ 200 observateurs internationaux ont également été postés aux urnes, afin de prévenir des fraudes, qui ont été massives lors du premier tour en novembre dernier.

Selon le Conseil électoral provisoire haïtien, au moins deux personnes seraient mortes dans des violences, à Marchand-Dessalines, dans le nord du pays, et à Mare rouge, dans le nord-ouest. La police nationale haïtienne aurait également procédé à une vingtaine d'arrestations liées à des fraudes. De plus, le chanteur Wyclef Jean, qui soutient le candidat Michel Marcelly, aurait été blessé par balle à la main dans la nuit de samedi à dimanche. Mais les circonstances exactes de l'incident restent floues.

Globalement, le Conseil électoral souligne le calme qui a régné durant la journée et qui contraste avec les violences survenues après le premier tour de la présidentielle, en novembre dernier. Trois jeunes hommes qui collaient des affiches électorales de Mirlande Manigat ont notamment été tués.

Calendrier électoral

Début de la campagne électorale liée au deuxième tour: 17 février
Tenue du deuxième tour: 20 mars
Publication des résultats préliminaires: 31 mars
Publication des résultats définitifs: 16 avril

Les deux candidats

Âgée de 70 ans, Mirlande Manigat, candidate du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), est une ancienne sénatrice et une ancienne première dame. Son mari, l'ancien président Leslie Manigat, a été renversé par un coup d'État quatre mois après le début de son mandat, en 1988.

Vice-rectrice de l'Université Quisqueya et professeure de droit constitutionnel, elle fait de l'éducation une priorité. Admettant qu'elle fait partie des privilégiés, elle veut combattre les injustices sociales. Elle prône des changements constitutionnels, dont le retrait de l'interdiction de la double nationalité, et préconise la participation de la diaspora dans le développement et la vie politique du pays.

Celle qui dit que le « malade Haïti » a besoin de « soins intensifs » dénonce la corruption et propose une assistance internationale qui serait basée sur la transmission de savoirs et non sur l'aide humanitaire. Si elle axe sa campagne autour du changement, Mirlande Hyppolite Manigat reconnaît que son pays ne peut pas être transformé en profondeur en un seul mandat. Elle est en faveur du départ éventuel de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).

« Pour les 100 premiers jours au pouvoir de son éventuel gouvernement, la candidate Manigat a souligné sa priorité de freiner l'épidémie de choléra, d'anticiper les situations d'urgence avec l'approche de la saison des ouragans et parvenir à la stabilité des prix », rapporte le site d'information Haïti libre.

La candidate se targue par ailleurs d'être entourée d'une équipe compétente et honnête.

Dès le premier tour, le Collectif pour le renouveau haïtien, qui regroupe une centaine de parlementaires actifs ou ayant déjà siégé, lui a accordé son soutien. Le très populaire groupe Barikad Crew et d'anciens footballeurs de l'équipe nationale, dont Ti Gana, ont eux aussi pris position pour la candidate, tout comme certaines associations d'étudiants.

Comme le prédisaient les sondages, elle est sortie vainqueur du premier tour.

Figure de proue du kompa, Michel Martelly, connu sous le surnom de Sweet Mickey, fait partie de la nouvelle vague de la musique haïtienne. Particulièrement populaire auprès des jeunes, l'artiste de 50 ans défend les couleurs de Repons peyizan (Réponse des paysans). Très présent sur les réseaux sociaux, il se présente comme « quelqu'un en dehors du système ».

Il est le président fondateur de la Fondation Rose et Blanc, qui vise à améliorer les conditions sociales, sanitaires et économiques de la population haïtienne.

Son programme électoral met notamment l'accent sur la sécurité de la population et sur le développement économique et la création d'emplois, fondés, entre autres, sur les investissements étrangers et le tourisme. Il préconise également la création d'un « module de sortie de crise postséisme » et une décentralisation des pouvoirs tout comme l'éducation gratuite pour les enfants de 6 à 12 ans et des soins de santé universels de base.

Il prône lui aussi la double nationalité et veut remplacer la MINUSTAH par une force de sécurité haïtienne (l'armée haïtienne a été démantelée après le retour au pouvoir de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide).

S'il est élu, Michel Martelly entend chercher conseil auprès d'experts internationaux pour relever les défis auxquels est confronté Haïti.« Ce ne sera pas facile, mais avoir un leader qui est aimé, adulé, en qui le peuple a confiance, ça aidera déjà beaucoup », peut-on lire sur son site.

Ses priorités immédiates seraient « la restauration de l'autorité de l'État, la création de la confiance et l'élaboration d'un plan pour reloger les centaines de milliers de personnes déplacées qui vivent sous les tentes depuis le séisme de janvier 2010 », résume Haïti libre.

Il a de son côté reçu le soutien de la vedette internationale Wyclef Jean, dont la candidature à la présidentielle haïtienne avait été rejetée l'été dernier, du maire de Jacmel Edo Zenny et de l'ancien ambassadeur haïtien aux États-Unis Jean Raymond Joseph. Vantant son « esprit d'ouverture [...] et son programme », cinq autres candidats au premier tour lui ont également accordé leur appui.

Dans la foulée de la crise immobilière, les banques américaines ont saisi trois des résidences de sa famille aux États-Unis, dont l'une d'une valeur de près d'un million de dollars, a rapporté le Miami Herald. Interrogé sur le sujet par un journaliste haïtien, Michel Martelly a notamment répondu: « Le peuple est là, il nous regarde. Il est dans la rue ». Certaines associations de journalistes ont interprété ses propos comme des menaces de représailles.

Haïti face son passé

Jean-Claude Duvalier escorté par des policiers, le 18 janvier 2011Alors qu'Haïti nageait en pleine crise électorale, attendant de savoir quels candidats finiraient par s'affronter au deuxième tour de l'élection présidentielle, deux de ses anciens dirigeants se sont manifestés, soulevant ainsi des questions sur lemoment choisi pour leur retour et sur l'impact que cela pourrait avoir.

D'abord, l'ancien dictateur Jean-Claude Duvalier est rentré au pays, en janvier, après 25 ans d'exil. L'ancien dirigeant, au pouvoir de 1971 à 1986, a rapidement été accusé de vol, de corruption et de détournement de fonds et ne peut pour l'instant quitter le pays. Jean-Claude Duvalier est soupçonné d'avoir détourné quelque 100 millions de dollars durant son règne. Le juge d'instruction doit maintenant étudier les accusations portées afin de déterminer s'il poursuit ou non l'affaire sur le plan judiciaire. Quatre plaintes pour crimes contre l'humanité ont aussi été déposées contre lui. Selon Me René Magloire, conseiller spécial du président haïtien René Préval, des accusations de crimes de guerre devraient également être déposées sous peu contre celui qui a été surnommé « Bébé Doc ».

Jean-Bertrand Aristide (archives)Parallèlement, dans les jours qui ont suivi le retour de Duvalier, l'ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide, en exil en Afrique du Sud, s'est dit prêt à revenir dans son pays d'origine « aujourd'hui, demain, n'importe quand ». Après des rumeurs ayant couru pendant plusieurs semaines, l'ex-dirigeant est finalement rentré au pays le 18 mars, deux jours avant la tenue du deuxième tour, plus d'un mois après que le gouvernement Haïti lui eut fourni un passeport diplomatique. Dans un communiqué émis à la mi-janvier, l'ancien prêtre des bidonvilles a soutenu qu'il comptait aider ses concitoyens en se consacrant à l'éducation.

Premier président haïtien à avoir remporté une élection démocratique après le renversement de Duvalier, le président élu en 1990 a été chassé huit mois plus tard par un coup d'État militaire. Il est ensuite revenu à la tête de l'État en octobre 1994, grâce à l'intervention militaire des États-Unis. Il a terminé son mandat en 1996, laissant le pouvoir à son dauphin, l'actuel président René Préval. Réélu en novembre 2000, il a cependant été contraint à l'exil en février 2004, sous la menace d'une insurrection armée conjuguée à des pressions internationales, notamment des États-Unis et de la France, qui lui reprochaient son incompétence. [Pour en savoir plus]

La réaction des aspirants à la présidence

Avant le retour d'Aristide, Mirlande Manigat et Michel Martelly avaient indiqué qu'ils considéraient qu'il avait le droit de revenir dans son pays, tout comme l'avait fait avant lui Jean-Claude Duvalier. Tous deux avaient cependant précisé qu'ils préféreraient que ce retour s'effectue après les élections.

La première a dit ne pas s'opposer à ce que les anciens présidents « participent à la vie politique » haïtienne. « Tout le monde connait la place importante qu'a l'éducation dans mon programme et si Aristide veut aider dans ce domaine, il pourra m'aider à mettre en application mon programme », a-t-elle déclaré, citée par Haïti libre. Michel Martelly a de son côté dit « [rêver] de voir tous ces anciens dirigeants réunis en un seul lieu pour une réconciliation nationale ». « Je prône la clémence et l'inclusion, arrivé au pouvoir j'aimerais que tous les anciens présidents deviennent mes conseillers afin de pouvoir profiter de leur expérience », a-t-il affirmé.

Washington, qui préférerait pour sa part que Jean-Bertrand Aristide ne rentre pas en Haïti, lui avait demandé de « différer son retour » pour éviter de perturber l'élection présidentielle.

Un pays à reconstruire et même à construire

Installées dans les débris, des femmes nettoient leurs vêtements près de Port-au-Prince.

Photo: AFP/Hector Retamal

Le vainqueur aura la lourde responsabilité de reconstruire le pays, le plus pauvre des Amériques, après le séisme qui a tué plus de 250 000 personnes et occasionné des dommages et des pertes avoisinant les 8 milliards de dollars.

Les défis qui attendent les élus de l'État le plus pauvre des Amériques sont par conséquent titanesques. C'est ce qui fait dire à l'International Crisis Group, une organisation qui travaille à prévenir et à résoudre les conflits, que cette élection est peut-être pour Haïti « la plus importance de son histoire ».

Mais avant même que ne se produise le tremblement de terre, les problèmes liés à la gouvernance et aux conditions de vie étaient nombreux : pauvreté extrême, systèmes de santé et d'éducation déficients, conditions sanitaires précaires, corruption endémique, conditions de vie particulièrement difficiles des femmes, violence, déforestation...

Certains observateurs n'hésitent donc pas à dire que le pays est en fait à construire, et le prochain président haïtien n'aura pas assez d'un mandat pour donner à Haïti un avenir meilleur.

Le prochain chef d'État risque en outre d'être confronté à un obstacle supplémentaire: les sondeurs estiment que le gagnant ne pourra pas s'appuyer sur une majorité au Parlement. C'est plutôt à Inité, le parti du pouvoir, qu'ils prédisent une majorité de sièges, autant au Sénat qu'à la Chambre des députés.

Les membres de la diaspora: contributeurs, mais pas électeurs

On évalue la diaspora haïtienne à 2 millions de personnes, vivant pour la plupart aux États-Unis et au Canada. Selon les chiffres de la Banque interaméricaine de développement, les émigrés haïtiens envoient environ 1,5 milliard de dollars par année à leurs proches restés au pays, soit 26 % du PIB haïtien.

Même si on leur demande de participer aux efforts de reconstruction de leur pays d'origine ou même de contribuer au financement des candidats qui se présentent, les membres de la diaspora qui ont une autre nationalité ne peuvent pas voter. Le pays n'autorise pas la double citoyenneté. Mirlande Manigat et Michel Martelly proposent cependant de leur accorder le droit de vote.

14:09 Écrit par Kpanou dans Actualités du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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