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jeudi, 11 août 2011

A Paris, l’ambassade libyenne tourne déjà la page Kadhafi

Mansour Saif Al-Nasr, représentant du CNT libyen, s'est installé à l'ambassade de Libye à Paris le 8 août.

Mansour Saif Al-Nasr, représentant du CNT libyen, s'est installé à l'ambassade de Libye à Paris le 8 août.Angela Bolis

Barrières au bout de la rue, cordon de sécurité autour du bâtiment, grille fermée et bien gardée. Dans cette rue du 15e arrondissement, seuls les craquements des radios de policiers viennent troubler le calme qui plane autour de l'ambassade de Libye. Celle-ci a connu des moments plus effervescents quand, fin février, une centaine de manifestants criaient "Kadhafi assassin" devant les fenêtres de l'ambassadeur déchu, Salah Zaren. Ce lundi 8 août, c'est en toute discrétion que les clés du lieu ont été remises à son successeur, Mansour Saif Al-Nasr. Et que le drapeau de la Libye – aux couleurs de la monarchie pré-Kadhafi – a été hissé sur le mât du jardin du consulat. Ce même mât qui, pendant 42 ans, portait l'étendard de la "Jamahiriya arabe libyenne" dont la dernière version – un rectangle tout vert – détenait le record du drapeau le plus uniforme du monde.

A l'intérieur de l'ambassade, même ambiance immobile, comme en suspension entre la fin subite de quelque chose et la naissance, un peu prématurée, d'autre chose. Le long des couloirs silencieux, des portes grises donnent sur des bureaux vides. "Moi-même, je m'y perds un peu", sourit le nouvel ambassadeur aux larges épaules. Il ouvre l'une d'elle, numéro B204. C'est une salle de réception chic où tout trône à sa place : grande table de réunion ovale, ouvrages de géopolitique du monde arabe, médailles... "On n'a pas encore eu le temps de faire le ménage. Mais on ne va rien jeter, explique, flegmatique, Mansour Saif Al-Nasr. C'est la propriété du peuple libyen. Qu'on le veuille ou non, ça fait partie de notre histoire."

Histoire, déjà ? Alors qu'en Libye, la guerre s'enlise et piétine au gré des avancées d'un ou de l'autre camp, sans aucune visibilité sur l'issue de la crise, l'ambassade a déjà tourné la page, semble-t-il. Dans la bouche de Mansour Saif Al-Nasr, un seul mot vient évoquer toute perspective de dénouement : "victoire". "Je reste ici jusqu'à la victoire, ma mission est temporaire", dit-il. D'ailleurs, le CNT a déjà planifié l'après-Kadhafi dans un mémorandum de 70 pages que s'est procuré le Times, et qui prévoit notamment de maintenir la plupart des infrastructures existantes pour stabiliser la future "Libye libre". Ici, à ambassade identique, nouvelle diplomatie, promet en tout cas Mansour Saif Al-Nasr.

 

MANSOUR SAIF AL-NASR, 63 ANS, DONT 42 D'EXIL

Le nouvel ambassadeur a l'air rompu, fatigué par une longue itinérance. Paris est seulement une escale de plus : le voyage ne se terminera pas ici mais c'est, espère-t-il, la dernière étape avant l'aboutissement de 42 ans d'exil. Reprenons du début : en 1969, deux mois après le coup d'Etat de Mouammar Kadhafi, Mansour Saif Al-Nasr, âgé de 20 ans, quitte son pays. Ce départ salutaire, il le doit à une bonne intuition de son oncle, qui connaissait bien le jeune Kadhafi : "C'est lui qui s'est chargé de l'envoyer en classe. Lorsque Kadhafi s'est fait renvoyer, il est intervenu pour qu'il ne soit pas chassé de toutes les écoles du pays, mais seulement de celles de l'Etat de Fezzan." Dans le secondaire déjà, le futur dictateur manifestait des velléités révolutionnaires. "Ensuite, quand il a fait son coup d'Etat, mon oncle a dit : maintenant, la Libye est perdue. Que tous ceux qui peuvent sortir et travailler de l'extérieur pour rétablir un régime démocratique partent vite. Malheureusement, le temps lui a donné raison."

Mansour Saif Al-Nasr est donc parti étudier le français à l'université de Tours. Sa famille est restée : son frère a été condamné à mort pour tentative de coup d'Etat, les autres ont été emprisonnés. Lui a rapidement été déchu de sa nationalité. Un long périple commençait, rythmé par les volte-face des relations entre la Libye et ses pays d'accueil. A commencer par le Tchad, où le jeune opposant trouve refuge jusqu'en 1979, quand les forces du colonel envahissent le nord du pays. Il passe alors au Niger, puis au Nigeria. Des zones qui deviennent trop risquées quand, "en 1981, Kadhafi décide la liquidation physique de tous ses opposants".

Direction le Maroc. Mais cette terre d'accueil prend des allures de piège lorsque le roi Hassan II signe des accords pour extrader les opposants de la dictature libyenne dans leur pays. Certains de ses compagnons y sont alors envoyés, puis exécutés ou emprisonnés. D'autres comme le secrétaire général du Front national du salut libyen – organe d'opposition auquel M. Saif Al-Nasr adhère –, réussissent à fuir. Lui aussi, une nuit de l'année 1984. De là, il part au Soudan, puis en Algérie, avant de retourner au Tchad, au Nigeria, au Zaïre. Enfin, cap sur les Etats-Unis où il attend, de 1990 à février 2011. "Dès l'éclatement de la révolution", Mansour Saif Al-Nasr retourne pour la première fois en Libye, "dans la zone libre", à Misrata et Benghazi. Puis se base en France pour "prendre des contacts chez les politiques, les intellectuels et les journalistes qui nous soutiennent".

APRÈS LA "VICTOIRE"

Maintenant, Mansour Saif Al-Nasr est là, dans l'ambassade vide de ce paisible quartier parisien. Il se fiche pas mal des éventuelles divergences – politiques, religieuses, régionales – qui peuvent traverser la rébellion. Pour l'instant, seule importe "la majorité de la population qui veut la démocratie". Lui se dit Libyen et musulman, modéré, plutôt au centre, pour un état civil. Il a été membre de la Ligue libyenne des droits de l'homme, rêve "d'une Constitution, d'élections libres, d'institutions transparentes, d'une justice indépendante, d'une Cour des comptes, etc."

Il fait confiance au CNT pour représenter tous ceux qui veulent tourner la page Kadhafi : "Au Conseil de transition, il y a des représentants de toutes les villes libérées, des médecins, des juges, des professeurs, des jeunes, des femmes…" Il fait confiance à la France aussi, oubliant l'invitation de Kadhafi à l'Elysée en 2007 – "c'est du passé" – et préférant rappeler à la mémoire des épisodes plus glorieux : "La France et la Libye ont combattu côte à côte pour chasser le fascisme de Mussolini de notre pays. Aujourd'hui, l'histoire se répète contre le fascisme de Kadhafi." Enfin, il  croit en "la victoire". Et après, la suite du périple ? "Ça fait 42 ans que je n'ai pas…" Silence avalé, l'ambassadeur est submergé. Il laisse passer la vague, puis s'exclame : "Je rentre au pays bien sûr !"

source lemonde.fr

14:40 Écrit par Kpanou dans Actualités du monde | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

Encore une fois un billet vraiment excellent sur ton blog. C'est important pour moi de t'adresser mes félicitations pour celui-ci.!!:)

Écrit par : Poêles à granulés | samedi, 29 octobre 2011

merçi beaucoup

Écrit par : kpanou | jeudi, 01 décembre 2011

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